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Punarmṛtyu et la „seconde mort” dans l’Apocalypse de Saint Jean

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– Aram Frenkian (1898-1964) –

Sans ignorer complètement l’existence d’un autre monde et d’une vie d’outre-tombe, les Hymnes du g Véda, lorsqu’ils parlent de l’immortalité (amtatva), entendent la durée entière de la vie humaine sur terre qui, en général, est fixée à cent ans: „cent hivers” (śata himāḥ, g Véda, V, 54, 15), cent automnes“ (śaradaśatam, ib. VII, 66, 16), „cent années“ (śata varśāṇi, Śatapatha-brāhmaṇa, X, 2, 6, 8). Cela est égal à la durée totale de la vie qui est dévolue à l’homme (viśvam āyu, g Véda, VI, 52, 15; sarvam āyu; Śatapatha-br. IX, 5, 1, 10). Mais il ne faut pas en conclure que les Hindous du temps des hymnes du g Véda ignoraient l’existence de l’autre monde. Les textes parlent du „chemin de Yama“, g Véda, I, 38, 5), ce qui prouve le contraire.

Plus tard, l’immortalité s’est déplacée au ciel: „l’immortalité c’est le monde céleste“ (amtam iva hi svargo loka, Taittirīya-brāhmaṇa, I, 3, 7, 5; svargo vai loko mtatvam, Maitrāyanī-sahitā, I, 10, 17). On demande encore, une longue vie, auprès des dieux (deveu, g Véda, X, 14, 14), ce qui revient au meme. Mais, en tout c as, la durée de cette „immortalité“, dans les conceptions indiennes, n’est pas éternelle, elle est indéterminée. Elle est la conséquence des bonnes oeuvres: le salaire (dakinā) payé au prêtre (g Véda, I, 125, 6)1) et la possession de la science sacrée (Ibid. I, 164, 23) reviennent sans cesse et sont mentionnés comme particuliérement efficaces pour l’obtenir. Mais la durée de l’immortalité reste indéterminée. En effet, celle-ci n’est pas une qualité qui revienne gôse à l’âme humaine. C’est grâce à cette conception un peu vague d’une immortalité relative que la doctrine bouddhique du nirvana a pu naître et qu’il fut possible de la concevoir.

Mais l’immortalité acquise par le mérite des bonnes oeuvres n’est pas perpétuelle. Ce mérite s’épuise à Ja longue et lui met fin. La révolution des jours et des nuits épuise le mérite des bonnes oeuvres (Śatapatha-br. II, 3, 3, 11-12; Taitt.-br., III, 10, 11, 2-3). Pour prolonger l’immortalité, le sacrifice est d’une importance capitale (Voir Śatapatha-br. X, 2, 6, 9).

Comme l’immortalité n’est pas une qualité innée, inhérente à l’âme humaine, l’indien craint le punarmtyu, la „Seconde mort“ ou la „remort“, comme étant la pire des calamités. À ce qu’il nous semble, il s’agit, dans cette conception du punarmtyu, de la disparition totale de l’être humain, de l’âme, après la première mort, qui est celle du corps, et cela, du moins, dans les anciens textes. Le livre X du Śatapatha-br. s’occupe particulièrement de cette „seconde mort“. Celui qui construit un autel à Agni écarte le punarmtyu, car il devient Agni (Ibid. X, 1, 4, 14; ki tad agnau kriyate yena yajamāna punarmtyum apajayātīty agnir vā ea devatā bhavati yo ’gni cinute. Cf. ibid. X, 5, 1, 4). Celui qui sait cela, écarte la „remort“ (Ib, X, 2, 6, 19. – X, 6, 1, 4. – X, 6, 5, 8 – XI, 4, 3, 20. – Taitt.-br., III, 11, 8, 5-6. Aitareya-br., XL, 2, 2, sous forme verbale: na punar mriyate. Bhadārayaka-upaniad, 1, 2, 7; I, 5, 2; III, 2, 10; III, 3, 2; apa punarmtyu jayati, ya eva veda).

La „seconde mort“ existe aussi pour les animaux (Śatapatha-br, XII, 9, 3, 11). Les animaux sacrifiés sont placés dans la matrice de l’immortalité (amtayonau) d’où ils renaissent.

Il y a des agents qui, dans l’autre monde causent la „remort“. Un de ces agents est le soleil, quí même peut pro duire la mort, rèpétèe à plusieurs reprises (punapunar eva pramārayati, Śatapatha-br., II, 3, 3, 7-9). Un autre agent important de la „remort“ dans l’autre monde est la faim. Sans les oblations offertes par les vivants, le trépassé au ciel tomberait en proie à la „seconde mort“ (Śatapatha-br., XIII, 3, 5, 1-2. – Taitt.-br., III, 9, 15, 1-2. – III, 10, 10, 4. – Kauṣītaki-br. XXV, 1.

La plupart des textes que nous venons de citer pour soutenir notre these se trouvet réunis dans la belle étude de A.M. Boyer, Etude sur l’origine de la doctrine du samsara (Journal Asiatique, 1901, pp. 451-499). Mais la thèse de cet auteur ne nbus semble pas soutenable. En effet, selon lui, les Indiens, étaient d’abord hantés par la crainte vague d’une „remort“ dans le „monde des Pères“, le „monde des Rsis“. Boyer trouve tout à fait naturel le passage de cette phase des conceptions eschatologiques indiennes à celle selon laquelle la „remort“ ou la „seconde mort“ consiste dans la chute des âmes, du monde des Pères et leur réincarnation sur la terre. Nous ne sommes pas de cet avis. La croyance spécifique indienne et assez étrange dans la „remort“ ou dans la „seconde mort“ tire son origine de la conception hindoue des choses et, plus particulièrement, de l’âme, conception qui est dynamiste et phénoméniste. Même dans la conception brahmanique dénommée substantialiste, peut-être à tort si l’on prend ce mot dans son acception européenne, la phase suprème du bonheur consiste dans la dissolution de l’ame (atman) dans l’Etre Universel (brahman) et son union ou identification avec lui. Nous croyons que la conception de l’immortalité terrestre, consistant en une vie de cent ans et la peur du punarmrtyu, de la „remort“, étaient les croyances des Aryas conquérants qui, dans le deuxième millénaire avant J. C., vinrent s’établir en deçà de l’Himalaya, dans la vallėe du Gange et dont les sages fixèrent les idées sur les choses et leurs convictions dans les hymnes du g Véda. Quant à la croyance à la métempsychose, elle était celle des peuples indigènes, dravidiens ou autres, conquis et qui, à leur tour


1)dakināvanto amṛtam bhajante.

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